L’âge des ténèbres s’annonçait mais n’avait pas encore recouvert l’humanité de sa sombre chape. Il fut alors un temps où la présence des femmes fées était source d’édifications merveilleuses et d’espoirs fondateurs. Ces femmes fées se manifestèrent en mains endroits sur un même espace de temps. Les légendes chantent encore leurs louanges bien qu’elles laissèrent s’effacer leur chemin de vie, n’exaltant que leur héritage, oubliant le sens profond de leurs souffrances.

Le murmure des Mélusines se répandit. Ces êtres mystiques fascinaient de par leur essence élémentale et leur pouvoir créateur tout autant destructeur dans le monde des hommes. L’ambivalence de ces femmes fées se retrouve dans les strophes de ces légendes.

L’épithète de ces nymphes témoigne de La Lumière qu’elles apportèrent auprès des hommes. De la racine Lux, La Lumière, se forma Lucina en latin, synonyme poétique de Junon, déesse romaine de lumière, présidant aux naissances. Junon veillait à l’initiation des jeunes filles dans leur rôle de futures mères. Elle symbolisait le passage de l’état d’enfant à celui de fille nubile.

Ces nymphes, descendant parmi les hommes, apportèrent leurs vibrations fertiles. Chacune se mettant à l’épreuve de leur propre passage d’enfant du monde élémental, insouciant, rieur, artiste, à celui de femme fée bâtissant avec les hommes, leur faisant retrouver leur nature divine dans leurs étreintes physiques et mettant au monde des enfants qui portèrent l’essence des êtres du monde élémental.

Les fées, nymphes et autres êtres de la nature étaient encore révérés et personnifiaient des divinités élémentales. Les Mélusines, Mères de lumière, apparurent alors comme des déesses se faisant femmes.

Je parcourus ces terres de légendes de La Rochelle au Luxembourg où les dérivations de la légende de la fée Mélusine ne traduisent que de plus grandes similitudes.

Fée Mélusine des Lusignan

À l’aube de l’an neuf cents, un jeune comte, Raymondin, chevauchait dans la forêt poitevine. Mélusine se tenait dans ces bocages, auprès d’une source d’eau nommée la Fontaine de soif. Ils se trouvèrent et s’émerveillèrent l’un l’autre. Ils s’épousèrent en grande noblesse, fondèrent la maison des Lusignan. Bâtisseuse de châteaux, d’églises, d’abbayes, elle construisait disait-on seule, la nuit sous la clarté lunaire. La fondation de la cité de La Rochelle et de ses premiers remparts lui est attribuée. Elle ne demanda à son époux qu’une seule chose, la possibilité de se retirer seule une fois par semaine. Poussé par la curiosité, Raymondin l’épia l’un de ces jours et la surprise prenant son bain. Ses jambes étaient devenues une queue de poisson ou de serpent d’eau. La légende conte qu’il aurait accusé Mélusine de maux divers sous prétexte de sa double nature. Rejetée, maudite et trahie par son amour, Mélusine se serait élancée du haut d’une tour. Elle se serait alors transformée en dragon pour s’envoler et ne revenir jamais.

Deux cours d’eau, nommés aujourd’hui le Lafond et le Fétilly, coulent au pied des fortifications de La Rochelle. Le Lafond, déformation de La Fontaine, était possiblement le lieu de cette rencontre amoureuse mais assurément la source d’eau autour de laquelle la cité prospéra. Divinité celte, Melugina serait la protectrice de la Font-de-Sé ou Fontaine de soif, dite aussi fontaine faée. Je témoigne que Le Fétilly, renfermant dans son étymologie la racine fée, est un lieu de connexion privilégié avec le monde des fées. Il est dit que Mélusine serait toujours là, gérant la faune des étangs, des marais et de toutes les eaux stagnantes. Elle est l’amie des libellules, des lucioles et des papillons nocturnes, qui ne manquent pas au bord du Lafond et du Fétilly.

Fée Mélusine du Luxembourg

À l’aube de l’an mille, un jeune comte, Sigefroi, acquis une forteresse romaine du nom de Lucilinburhuc. Perchée sur un promontoire, le Bock, elle dominait les profondes vallées de la Pétrusse et de l’Alzette. Chevauchant dans les bois bordant ces rivières fécondes, lui apparut une nymphe d’une beauté irréelle. Elle l’avait choisi et s’était révélée à lui. Un amour sincère et intense les enveloppa. Leur cité s’enrichit et ils fondèrent la maison de Luxembourg. Le peuple nommait Mélusine la femme d’eau. Il était dit qu’elle se retirait seule une fois par semaine pour reprendre sa forme élémentale, avec des attributs physiques issus de l’élément EAU. Dérogeant à son engagement de ne point la surprendre ces jours-là, Sigefroi découvrit l’autre aspect de Mélusine. Il s’en effraya. Son rejet fit souffrir Mélusine au point où celle-ci s’élança du haut du Bock. Elle aurait alors plongé dans la rivière pour ne jamais reparaître.

Longer cette rivière, être en état réceptif, et il est offert de belles rencontres.

Le couple alchimique

Alors que la noirceur menaçait d’avilir les hommes, que l’équilibre féminin-masculin se fragilisait, la Déesse-Mère primordiale envoya ses représentantes pures de l’énergie féminine.

Dans les ténèbres naissant, la lumière y vint. Mais les ténèbres ne l’accueillir point. Les Mélusines vinrent dans le monde des hommes mais celui-ci n’était pas fait pour elles. Déesses lunaires, leurs plus grandes réalisations se faisaient la nuit, cette même nuit source de toutes les peurs pour les hommes. De multiples polarités se reflétaient en elles ; bâtisseuses et autodestructrices, humaine et serpente/dragonne/vouivre, féconde et se donnant la mort, amour absolu et rejet intégral.

Venir dans le monde des hommes avait un prix, celui d’exprimer ces différentes facettes. Si les femmes fées reflétaient la part de lumière des hommes et leur part d’ombre, elles découvrirent que ceux-ci reflétaient leur propre part d’ombre dont elles ne se connaissaient pas. La trahison, le rejet, l’abandon, l’injustice et l’humiliation naquirent. Héritières et détentrices d’une puissance créatrice et féconde, ces femmes fées détenaient le pouvoir permettant le retour à la Lumière. Seulement, les ténèbres n’étaient pas qu’à l’extérieur d’elles, mais également tapis au fond d’elles. Rien ne les y avait préparés. Si les religions des hommes voyaient dans leurs formes serpentiformes, la femme démoniaque, la Lilith hébraïque, leur égo les précipitèrent dans les tourments émotionnels propres à la dimension des hommes. Happées par elles-mêmes, elles ne virent leur salut que par la fuite, renonçant au courage d’affronter leur part d’ombre.

Les légendes mélusiniennes content les cris déchirants qui résonnent encore, écho du désespoir de ces fées ensorcelantes. Ces femmes fées se sont senties contraintes de fuir le monde des hommes, ce monde de ténèbres qui rejetait leur lumière et révélait leur propre part d’ombre. Leur innocence primordiale d’enfant était révolue et leur mue en femmes et en mères était souffrante au point de leur apparaître impossible. Leur âme appelait ces expériences. Honorer ces engagements, porter l’Amour en tout temps, se révéler à elles-mêmes, devait leur permettre de réaliser le couple alchimique, la réunification de l’Ombre et de la Lumière, du Féminin sacrée et du Masculin sacrée. Ces femmes fées se représentaient le mandat à l’extérieur d’elles-mêmes par le couple archétypale, de l’homme et de la fée, du soleil et de la lune, alors que la résolution des contraires devait se réaliser intérieurement.

Œuvrant par la toute-puissance des forces élémentales, comblant les hommes de leurs dons, disparaissant faute d’avoir été accepté par les hommes, mais surtout et avant tout par elles-mêmes, telle fut leur histoire.

Les femmes fées sont maintenant de retour parmi le monde des hommes afin de transcender leurs blessures originelles et honorer enfin la promesse faite à leur âme. Elles sont appelées dorénavant à réaliser leur couple alchimique préalablement à leur mue.

Lorsque tout semble froid
Lorsque tout apparait noir

N’oublie pas que je ne suis jamais loin de toi
N’oublie pas ta lumière intérieure le soir

Nous sommes là pour te réconforter
Nous sommes là pour t’accompagner

Une pensée pour te porter
Une caresse pour te consoler

Un seul Cœur immense pour t’englober

Crédit illustration : Elena Dudina

Par Samuel sous www.leretourdesdragons.com

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11 Réponses

  1. Cécile

    Bonjour,
    Une drôle de sentiment à la lecture de ces 3 articles…
    Et une question ; comment se reconnait-on femme fée ?
    Ou alors, plus simplement ; comment se reconnait-on ?
    Je ne sais pas dire qui je suis…
    A t’on vraiment chacun une étiquette ? Une identité ? Une appartenance ?
    Merci pour vos articles et vos partages.

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    • Samuel

      Bonjour Cécile,
      Il n’y a pas à chercher ni dans son propre regard ni dans celui d’autrui une quelconque étiquette. Mes articles ne s’adressent pas au mental mais au cœur. Si certains éléments résonnent dans votre cœur, là est la vérité de ce que l’on est. Le mental doutera et brouillera toujours l’intuition du cœur.

      Répondre
  2. Gautier Gabrielle

    Un grand Merci pour ces articles. Une résonance immense, un retour vers l’être de lumière pour une réunification Féminin sacrée / Masculin sacré !
    Je suis très émue, votre travail apporte une véritable mise en lumière de ma vie, de mon cœur.
    Avec grande tendresse, je vous berce dans mon cœur !

    Petit chant :

    Ton cœur est ouvert, il berce la terre ,
    Délivre la voix, aie confiance et va….

    Gabrielle.

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    • Samuel

      C’est un très beau message de remerciement, cela me touche beaucoup, merci Gabrielle 🙂

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    • Dragon lord

      Dragon Lord,
      Je suis ton bon conseil.
      Merci d’être à mes côtés quand l’ombre noire des mages pochard essaye de trahir mon art.
      À l’ombre des menhirs, je serai fier mais ivre des secrets gardés du savoir de votre beauté.
      À tous les hommes et toutes les fées, bientôt viendra ce changement sacré.
      Frères, sœurs, soyez prêts pour accueillir en vos cœurs l’universelle vérité.
      Amen

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  3. Claire Muriel

    Merci, merci, merci…

    En total résonance, offert en partage par l’ami avec lequel j’étais, lorsque j’ai reçu mon nom d’âme sur la Terre, Mélusine Rose… Je viens de terminer une relation de 5 ans avec un Merlin, perdu dans les limbes de l’astral, par la dépendance, un être d’une rare beauté, pour m’offrir le cadeau de la guérison du féminin et masculin blessé, pour libérer les mémoires structurelles de la généalogie…

    Et ce matin, mes guides me confiaient que j’étais maintenant maître de ma destinée, ayant vécu les initiations successives de libération, par la responsabilité de cultiver l’amour, la lumière, avec lucidité, compassion et ouverture…

    La vie est belle, lorsque l’on suit « l’âme-agit »…

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    • Samuel

      Je vais prendre le temps de lire vos articles, car publier pou moi c’est aussi me donner la chance de découvrir quelque chose de plus qui va m’amener plus loin. Merci 🙂
      Au sujet des mémoires structurelles de la généalogie, formulation dont j’aurais été incapable d’inventer mais qui est JUSTE, je vais publier un prochain article sur le karma familial avec mon exemple personnel en détail.

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  4. Marie-Pier

    Bonjour Samuel,
    Je voudrais te remercier pour cet article 🙂 Très intéressant mais surtout enrichissant. Étant femme fée, je me reconnais incroyablement dans cet article, c’est comme si tu as lu mon intérieur. Merci xxxxx

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    • Samuel

      Ce ne sont encore que des articles de « reconnaissance » de la nature de femme fée. Il y a encore beaucoup à explorer et j’espère avoir des synchronicités m’amenant à revenir sur ce thème qui me tient particulièrement à cœur.

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    • Samuel

      Bonjour Nathalie,
      Je nous souhaite à tous de belles rencontres et de belles intuitions du Cœur 😀

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