Le vent souffle au-dessus des terres et des mers, imperturbable face à l’agitation humaine à travers le monde. Son règne s’établit bien avant que la vie humaine fut modelée et s’établira toujours quels que soient les choix évolutifs posés par chaque être conscient.

Alors que tout semble s’écrouler autour de soi entraînant l’érosion de nos repères et de nos certitudes, l’abîme ne s’ouvre seulement qu’à ceux qui ne savent plus voir, entendre, ni ressentir.

Le vent ne porte pas l’écho des peurs, des souffrances, des frustrations, des manques. Le vent passe au travers de l’expérience humaine. Tel un passe-muraille, il fait fi des égrégores de pensées négatives. Il orchestre son propre ballet à travers notre dimension physique et la dimension astrale imbriquée. Il règne harmonieusement auprès des autres éléments manifestés qui régissent le champ d’expérience humain sur Terre.

Les soubresauts de l’homme et les manipulations des forces obscures ne le corrompent jamais. Il observe l’expérience humaine sans la juger, sans chercher à la comprendre car tel n’est pas son rôle. Le vent est. Il est en présence en tout instant. Son élément maître, l’air, nous accompagne dans chacun de nos gestes et chacune de nos pensées. Le vent est harmonie car en union permanente avec la Grande Conscience divine. Une grande inspiration dans les moments de tension ou d’angoisse et nous reprenons de la hauteur face à l’expérience humaine.

Le vent se fige ou se rappelle à nous selon une mécanique parfaite dans le grand ballet de l’ordre divin. Il pousse les voiles de l’explorateur ou renvoie la colère des propres formes pensées de l’homme. Le vent est un guide à part entière, omniprésent, patient, à notre service pour reprendre le rythme des inspirations et des expirations de l’univers.

Le vent témoin de l’histoire

Le vent est le figurant inlassable donnant toute sa grandeur à l’opéra se jouant sur la scène terrestre.

Il s’offre aux acteurs de ce drame lyrique afin que ceux-ci puissent chanter pleinement leur lutte intérieure entre la Lumière et l’Ombre.

Le vent virevolta le jour où il caressa les landes abandonnées par les travailleurs des champs. Les terres à l’abandon n’avaient d’égal que l’érosion constante de la teneur en or et en argent de la monnaie. Le vent n’avait plus, ce jour-là, d’hommes à chasser car l’inexorable inflation, la dévaluation et la contrefaçon monétaire lui avaient ravi sa triste besogne.

Le vent se joua des espoirs des petites gens le jour où il abattit le gel sur des récoltes déjà bien maigres, claironnant une disette à venir. Le vent les mit, ce jour-là, à la merci d’un approvisionnement maritime erratique en provenance de contrées australes soumises à de fortes dissensions.

Le vent se fit mordant le jour où les esclaves abandonnèrent leurs maîtres, les privant d’un savoir-faire et de leur principal outil de production, brisant un peu plus l’économie. Le vent piqua, ce jour-là, les yeux de ceux qui ne parvenaient pas à s’éveiller à une nouvelle réalité.

Le vent fut timide le jour où un notable cacha ses richesses afin d’échapper à l’impôt comme tant d’autres aristocrates. Le vent garda, ce jour-là, sa discrétion sur le cynisme des hommes.

Le vent se figea le jour où ce décurion, accablé de ne parvenir à collecter les taxes des plus humbles, se fit trop insistant dans l’exercice de sa charge. Il aurait dû fuir la cité comme l’avaient fait tant d’autres membres de sa curiale. Son attachement éperdu à ses biens personnels, saisis en garantie à l’entrée des impôts de sa cité, le récompensait de coups de pieds et de poings lui martyrisant tout le corps. Le vent lui offrit, ce jour-là, les inspirations nécessaires à la pleine jouissance de la colère populaire pour le compte d’une élite qui méprisait autant le serviteur de l’état que les administrés.

Le vent se montra généreux le jour où il fallut pousser hors des murs le flot de citoyens las de la cohabitation avec ces nouvelles peuplades qu’il fallait loger et nourrir afin qu’elles ne se livrassent pas au pillage. Ils avaient pourtant essayé de s’accommoder des différences culturelles. Le vent tenta ultimement, ce jour-là, de mélanger l’eau et l’huile, mais il en ressortit la même hétérogénéité des cœurs et des esprits.

Le vent battit frénétiquement le bois de cette caserne abandonnée le jour où émergea une nouvelle vague d’êtres hagards, libérés de leur sujétion par le décès d’un puissant dirigeant qui les maintenait au-delà des frontières. Ils avaient tant entendu parlé des richesses qui leur avaient été si longtemps interdites. Le vent arracha, ce jour-là, les dernières planches pour leur paver la route vers une autre illusion.

Le vent se mit au diapason des airs musicaux le jour où les citoyens se désintéressèrent de la poésie et des beaux-arts pour s’enivrer de spectacles dont la lubricité n’équivalait qu’à la grossièreté. Le vent fit claquer, ce jour-là, la porte d’une bibliothèque laissée en désuétude.

Le vent se surprit le jour où il colporta l’écho d’accents étranges au sein d’une légion rassemblée à la hâte. Le vent n’entendit, ce jour-là, aucun cœur battre pour un idéal mais seulement la promesse du tintement de richesses à razzier au-delà des frontières.

Le vent fut absent le jour où ce sénateur reçu une discrète somme afin de recommander un fils pour une charge prestigieuse. Le vent étouffa, ce jour-là, le secret sur l’avilissement des hommes.

Le vent s’engouffra avidement le jour où il débusqua des îlots de nantis n’ayant que faire des bouches à nourrir sans cesse plus nombreuses dans les terres avoisinantes. Le vent ne put, ce jour-là, que répandre les parfums de mets inaccessibles au plus grand nombre.

Le vent se fit chahuteur le jour où les citoyens laissèrent la tristesse envahir leur cœur face à des épidémies galopantes et des remèdes de plus en plus inaccessibles. Le vent souleva, ce jour-là, les miasmes obstruant désormais les bains publics et les réseaux d’évacuation.

Le vent laissa le ciel se rembrunir le jour où il fut édicté une interdiction de mobilité aux citoyens afin que chacun remplît ses devoirs fiscaux. Le vent se fit spectateur, ce jour-là, de la disparition de la liberté pour le bien de tous.

Le vent tourbillonna le jour où se mélangèrent les rumeurs d’un pillage sanglant avec la longue litanie des incivilités et des rapines quotidiennes. Le vent essaya, ce jour-là, de donner sa force à des êtres rendus las et affables.

Le vent se fit chahuteur le jour où le vide intérieur naquit. Il observa le regard acrimonieux du civilisé à l’encontre du barbare. Le vent tenta en vain, ce jour-là, de raviver la mémoire de cette autre vie où le civilisé avait interprété le rôle du barbare, sauvé de son interminable exode dans un autre temps, dans un autre lieu.

Le vent souffla par bourrasque chaque jour où se renforça l’angoisse des peuples face à la perspective de leur propre disparition. Le vent roula, ces jours-là, au plus profond des esprits pour sonner le glas de l’Espérance.

Le vent suspendit son souffle le jour où il assista à la chute de Rome. Le vent sut, ce jour-là, qu’un voile sombre recouvrait le cœur des hommes, s’étant trop éloignés de la voie de Dieu. Le voile sombre plongea les hommes dans la noirceur de laquelle n’émergea que l’illusion d’une fausse lumière, d’une voix au nom de Dieu…

Le vent acteur de l’histoire prochaine

Le vent sait qu’il devra se donner encore plus pleinement en terre de France. Un voile encore plus sombre s’étend inexorablement. L’évènement du 14 juillet dernier ne fut qu’un autre récitatif, mais le grand air à venir l’appelle déjà.

En appellerons-nous à lui pour nous ramener sur le rythme de l’univers ou l’utiliserons-nous pour témoigner de notre saut dans les abysses ?

Le vent sera présent le jour où les cœurs seront subjugués par l’illusion d’un faux espoir, d’une nouvelle fausse lumière.

Le vent déclenchera, ce jour-là, ses plus puissants courants pour porter l’Espérance de ceux qui reviennent…

Crédit illustration : LotharZhou
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9 Réponses

  1. Claudine

    Bonjour Samuel,

    En te lisant, j’imagine le vent comme un fil d’or qui potentiellement peut relier toutes nos âmes fragmentées formant une sorte de patchwork fait de morceaux divers et colorés ; le vent représente le souffle divin qui relie les morceaux de cette sorte de manteau fait de nos diverses expériences. D’abord fil grossier qui rapièce, pièce par pièce il devient fil d’or presque invisible lorsque tout les morceaux s’accueillent avec joie et reconnaissance jusqu’à se fondre les uns avec les autres pour former un tout.

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  2. Béatrice D

    Le vent ce matin se montra généreux. Bien qu’il vint me parler du voile sombre, je compris qu’il n’en portait pas la charge. Comme toujours, il traversait les choses, sans que rien n’entrave sa liberté de mouvement.

    Avec un sourire de Savoie,
    Béatrice

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  3. Cyril

    Samuel,
    après avoir lu ton article, j’ai souhaité me poser quelques instants avec mon crâne de Cristal et de Dragon afin de t’écrire en juste retour ma vérité sur le vent :

    À la recherche d’une présence d’esprit dragon dans le ciel depuis quelques temps, je constate que le voile des nuages semble plus subtil qu’auparavant… Des présences s’y dessinent de plus en plus…
    Je réalise dans un premier temps le respect que le vent mérite, capable du meilleur, tel un courant rafraîchissant en pleine chaleur, mais aussi du pire avec les tempêtes et les ouragans. Serait-il sous l’emprise de la dualité ? Non, il fait ce qu’il a à faire simplement parce qu’il EST.

    Si les nuages ne sont que les reflets de formes pensées, alors les temps changent.
    Mais si les nuages n’étaient autre que l’écriture du vent, alors un message est bel et bien présent pour celui qui ouvre son cœur au vent.
    Je ne ferais pas d’interprétation de ce message car le vent dans toute sa splendeur est capable de livrer un message différent pour chaque UN.

    Le ciel, la télévision des sages comme j’aime l’appeler, est révélateur de l’évolution personnelle des chercheurs de vérités cachées qui peuvent, aux prémices de l’ouverture du cœur, n’avoir plus que lui comme véritable repère visible. Quand tel est le cas, une voie est ouverte…

    Que l’Amour et la Sagesse du vent soient !

    Le ciel que je regarde se trouve en France.

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    • Samuel

      Il n’est pas nécessaire d’entendre ses guides dès le départ, simplement leur accorder une pleine place à nos côtés et laisser couler notre inspiration issue de l’intuition du cœur. Merci Cyril de prendre ainsi confiance en toi pour le bien de tous 🙂

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  4. Stéphane M.

    Merci, cher Samuel, pour ces mots de Terre, d’Eau, de Bois, de Feu et d’Air !

    Espérons qu’un vent d’anges vienne à faire mûrir les raisins de la Supraconscience et non ceux de la colère !

    Haïku écrit ce matin, bien avant de lire ton ton message onirique…

    Présence

    Comme le vent, souple
    Ce regard, dans le bleu, roule −
    Chercheur de silence…

    Légion des nues
    En tête du ⃰ Granier −
    Toute une œuvre au blanc !

    Les moutons du ciel
    N’ont pas besoin de berger !

    ⃰ Mont Granier : sommet des Alpes, en Savoie.

    (26.07.16)

    Alea Jacta Est…

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    • Samuel

      Merci mon ami, de m’offrir ta poésie inspirante.
      Je relis encore ce soir mon propre texte, parce que j’y cherche quelque chose de plus qu’il semble simplement apporter. Cela jaillira le moment venu…

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  5. Mohammad

    C’est fort et très beau. Le vent est le dénominateur commun de nos expériences éternelles. Il est la manifestation de la présence Divine par la concentration des molécules (ou densité) créant la différence de pression entre lieux. Il est le lien entre Ciel et Terre. Merci Samuel, c’est passionnant. Que Dieu nous bénisse tous in cha’a llah.

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    • Samuel

      Dieu nous bénit de son Amour à tout instant. Il attend simplement que nous revenions en lui en tout instant. Wa alikoum salam.

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